Emerige : la jeune scène française révélée

S’il fallait classer les collectionneurs en catégories, Laurent Dumas serait certainement parmi les attentifs. Depuis de nombreuses années, le président du groupe Emerige s’implique dans l’écosystème de l’art, participant au mécénat d’expositions des artistes qu’il collectionne (Gérard Garouste, Valérie Jouve ou Dove Allouche pour ne citer qu’eux), dialoguant avec galeries et institutions. Par le biais de la bourse Révélations Emerige, créée en 2014, il soutient aussi la jeune création, et nous donne désormais rendez-vous chaque mois de novembre dans le XVIe arrondissement de Paris pour découvrir l’exposition qui réunit à la Villa Emerige les œuvres du lauréat et des autres participants.

Le principe de cette bourse : une dizaine d’artistes de moins de 35 ans non-représentés par une galerie sont choisis sur dossiers de candidature, par un comité constitué de Laurent Dumas et Angélique Aubert côté Emerige, de Gaël Charbau, commissaire de l’exposition et de la galerie qui accueille par la suite le lauréat. Après Fabienne Leclerc et la galerie In Situ pour la première édition, c’est Nathalie et Georges-Philippe Vallois qui présenteront une exposition de la gagnante dans leur project room, bien connue des amateurs d’art contemporain.

Les artistes sélectionnés sont ensuite réunis dans une exposition, sous la baguette de Gaël Charbau, lors de laquelle un jury de professionnels désigne le ou la lauréate. Après « Voyageurs » en 2014, c’est aux « Empiristes » que se consacre l’exposition de cette année. Leurs expérimentations sont très variées. On suit avec délectation et amusement le cheminement de celle de Lucie Picandet, la lauréate, qui la mène d’une carte postale à diverses formes sculptées ou dessinées. Louis-Cyprien Rials propose un autre voyage immobile, dans la matière de la pierre qu’il transforme en paysage. Dans un mouvement inverse, Raphaëlle Peria se réapproprie des photographies de paysage en les grattant à petits traits, créant une nouvelle image. Certains s’inventent un monde et un langage, comme Samuel Trenquier ou Jessica Lajard. D’autres jouent à décaler le nôtre. Kevin Rouillard, remarqué au dernier Salon de Montrouge, continue d’explorer les vestiges de la société contemporaine. Des minuscules cités de Clément Richem aux formes géométriques d’Alexis Hayère, chacun présente dans une esthétique différente des fragments de son univers, portes d’entrées pour autant d’explorations possibles.

INTERVIEW | Angélique Aubert, directrice du mécénat et des projets artistiques Emerige, explique le fonctionnement de la bourse Révélations et revient sur la première édition.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de la bourse Révélations ?

« Laurent Dumas est un collectionneur et un mécène engagé. Il suit de près les artistes, les galeries et les institutions, il s’implique beaucoup pour promouvoir la scène française. La bourse Révélations part du constat selon lequel il est très compliqué pour les jeunes artistes, qu’ils sortent des écoles ou soient autodidactes, d’entrer dans le bon réseau et de savoir comment bien démarrer sur le marché de l’art. Cette bourse comporte à la fois un soutien financier et un suivi, pour soutenir un artiste, non pas en lui donnant juste une dotation, mais dans un véritable accompagnement, en lui permettant d’entrer dans une galerie de renom, en lui offrant pendant 8 mois à 1 an un atelier pour qu’il puisse travailler, en l’aidant à financer aussi la production pour sa prochaine exposition. L’autre partie de cette bourse va à la galerie qui participe, notamment pour financer la communication sur l’exposition. Mais Révélations ne met pas seulement en avant un artiste. Nous avons la chance d’avoir un lieu, la Villa Emerige, où l’on peut monter des expositions. Tous les artistes sélectionnés (entre 10 et 12) bénéficient également de l’exposition de groupe, d’un catalogue bilingue et d’une grande visibilité puisque nous organisons des petits déjeuners professionnels, des rencontres, nous faisons venir des galeries, des collectionneurs, des Amis de musées… Nous faisons un maximum pour qu’ils puissent rencontrer un large public. Et force est de constater que, sur les douze artistes présentés l’année dernière, la plupart, si ce n’est tous, ont fait des projets depuis. Vivien Roubaud, le lauréat, a été exposé à la galerie In Situ/Fabienne Leclerc et a été très remarqué, il est à la Biennale de Lyon en ce moment, il était aux Tuileries dans le cadre de la Fiac en octobre, il va être exposé au Palais de Tokyo en 2016…

Quels sont vos critères de sélection, au-delà du fait que les artistes aient moins de 35 ans et n’aient jamais été en galerie ?

« La qualité, l’innovation, le discours…

Est-ce que le thème de l’exposition guide votre choix ou est-il décidé par la suite ?

« Il est choisi après que les artistes aient été sélectionnés. Par rapport à ce qui s’est dégagé de leurs différents travaux, Gaël Charbau – et c’est tout son talent – trouve une thématique qui les réunit. Il va visiter tous les ateliers, passe beaucoup de temps avec eux, et détermine le sujet de l’exposition.

Comment choisissez-vous la galerie qui participe ?

« Nous choisissons des galeries très dynamiques, avec lesquelles nous avons des affinités. C’était une évidence de travailler avec les galeries In Situ et Vallois. Et nous allons continuer. Il y a en France de nombreuses galeries qui ont envie de soutenir la création artistique et qui vont dans le même sens que nous. Nous avons des initiatives et des talents dont on ne se rend pas toujours compte.

Est-ce que l’attention est portée sur un public professionnel uniquement ?

« Au contraire, nous voulons faire venir un public le plus large possible. L’exposition est ouverte à tous, en entrée libre. Chaque visiteur reçoit un catalogue et des médiatrices sont présentes pendant toute la durée de l’exposition. Nous ne parlons pas qu’à un public d’avertis et de professionnels. Nous organisons aussi deux samedis des cafés-brunch pour ceux qui ont envie de venir en famille, avec des enfants à partir de 8-10 ans. Cela dit, il est très facile pour des galeristes ou des institutions de venir découvrir les artistes et de décider de travailler avec eux.

Est-ce que certains des artistes exposés entrent systématiquement dans la collection de Laurent Dumas ?

« Je ne peux pas dire régulièrement parce que c’est seulement la deuxième édition, mais pour la première il a acheté plusieurs œuvres, et pas seulement du lauréat. Vu la qualité de l’exposition de cette année je ne doute pas qu’il en achète aussi… Par ailleurs, nous ne nous occupons pas des ventes. Si des visiteurs veulent acheter des œuvres, ils trouvent dans un dépliant à l’entrée de l’exposition les coordonnées des artistes pour les contacter directement. Nous favorisons seulement le contact et les échanges. »

Crédit photo : Rebecca Fannuele // Image de Une : au sol, l’œuvre de Bianca Bondi, « Asudden stir and hope in the lungs » (2014), technique mixte, sel, cristaux de sel, vaisselle de cuivre, charbon, 600 x 500 cm.


« Empiristes », du 6 au 22 novembre à la Villa Emerige, 7, rue Robert Turquan, Paris XVIe.
Du mardi au dimanche, de 13 h à 19h, gratuit. www.villaemerige.com

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