Gwendoline Perrigueux, party girl

Gwendoline Perrigueux révise les codes de la sculpture et de la teuf. Rencontre avec une trouble-fête.

Elle n’a rien de l’artiste maudit ; elle vit de joie, d’optimisme et de couleurs. On la croise dans le métro, une portion de frites en plastique sous le bras. Elle arpente également les hangars et bazars remplis de cotillons et de poussière. Elle travaille le béton mais utilise également des plumeaux et des pailles, choisis avec le plus grand soin. Loin d’une figure solitaire et passionnelle souvent attribuée au sculpteur, Gwendoline Perrigueux porte un regard amusé et enjoué sur la vie.

Ses sculptures détournent avec humour les situations quotidiennes. Pop et kitsch, elles désignent avec malice une réalité qui pointe vers quelque chose de magique. L’usage de paillettes et de confettis n’a d’ailleurs rien d’anodin. Elle appelle cela « le pouvoir de la pacotille », un moyen instantané de suggérer au spectateur une ambiance festive et décalée. Ces instants de dérision et de ridicule visent à faire sourire, voire rire. Gwendoline Perrigueux prend en effet la gaieté comme une arme puissante. Elle l’affirme et le clame haut et fort, il faut continuer à vivre et à rebondir.

Derrière cet univers flashy et édulcoré se cache une part d’ombre, un trouble léger. L’association de matériaux hétéroclites (béton/paillettes, polystyrène/confettis) vient en effet déranger la vision première du spectateur. Son travail égaille autant qu’il déstabilise, là est la tension. C’est un bel oxymore qui offre plusieurs niveaux de lecture.

Obsédée ? Oui, elle l’est. Son ambition n’est pas de capter le moment présent mais plutôt ce qui se passe avant et après. Elle va par exemple s’intéresser à ce qui succède à une fête. Les défaitistes diront qu’il ne reste pas grand-chose à part une gueule de bois et des gobelets vides. Bien au contraire, Gwendoline Perrigueux voit dans ce tas de cendres et de souvenirs l’occasion de créer quelque chose de nouveau. En appliquant la célèbre phrase de Lavoisier (“Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”), elle insuffle une seconde vie, avec en tête cette volonté de transformer le réel et de s’en amuser.

Sa dernière pièce Vient et va* marque une évolution dans sa démarche. La matière n’est plus seulement contenue dans un moule, elle se laisse aller. Le fluo est tempéré et se fond dans un jeu de transparence. L’artiste évolue et se transforme avec ses créations. Let the show begin !

*Exposée dans le cadre de l’exposition Spleen et Idéal à la galerie Perception Park, Paris 5e (jusqu’au 25 juillet 2015)

Repères :
Née en 1988.
2013 : DNSAP, à l’ENSBA, atelier d’Anne Rochette, Paris, France
2012 : CSM Central St Martin’s school of arts de Londres (Erasmus), en section sculpture/installation
2011 : DNAP, à l’ENSBA , atelier d’Anne Rochette, Paris, France