Réserves : dessin d’une métamorphose

Le XXe siècle était le siècle de tous les abus et de leur dénonciation : consommation de masse, crise économique, bombes nucléaires et bien d’autres expériences dont l’histoire, la politique mais aussi l’art s’emparent pour raconter le monde qui change. Réserves est un mélange d’analyses et de critiques qui dessine une métamorphose donnant à voir le danger autrement. Ainsi, dans cette œuvre, Lulù Nuti s’intéresse à la fonte des glaces au pôle Sud et au pôle Nord, présentant l’évolution des banquises à partir d’informations récoltées sur la toile, et ce, provenant de différentes sources.

Le spectateur est invité à se déplacer autour de l’installation, il découvre petit à petit les différents points de vue qui lui donnent à voir ou pas le noyau de l’œuvre : des strates de formes en métal posées l’une contre l’autre. Elles relatent par cet assemblage le constat d’une transformation formelle représentant la culturalité de l’Homme et son action sur la nature de manière générale et sur l’eau et la glace de manière particulière. Avec une volonté de contrer le flou d’informations apparaissant et disparaissant sur la toile concernant l’évolution de la glace, Lulù inscrit une réalité unique dans un discours moins vacillant et par conséquent plus solide. Installé au centre, en métal et sous une vitrine, cet assemblage de formes, à l’image de l’obtus de Roland Barthes, vient comme un supplément que notre « intellection ne parvient pas à absorber, à la fois têtu et fuyant, lisse et échappé ». Il [l’obtus] recèle en lui pourtant un sens très fort d’une évidence contemporaine : la métamorphose de la glace en tant qu’elle est preuve et élément de la nature. Réserves est une œuvre traversée par un souci de sens et un attachement à la forme. Ainsi, elle [l’œuvre] ouvre la voie au spectateur pour aller à l’intérieur d’une vérité presque inimaginable et non imagée révélant ainsi sa trame secrète. Obtus, parce que cette réalité est obtenue à la fin de l’expérience perceptive telle une présence discrète déjà là mais pas encore perçue.

D’une manière poétique, Lulù dessine le symptôme d’une catastrophe naturelle, et nous invite à faire l’expérience d’une urgence qui met en exergue la vulnérabilité de la nature en dehors du cadre numérique et impalpable de la théorie. Elle donne ainsi forme à ce que Frédérique Lemarchand défend dans Une pédagogie du désastre,  « retrouver notre faculté d’imagination, celle d’imaginer le pire ».

Références :
Roland Barthes, L’Obvie et l’Obtus. Essais critiques 3
Frédérique Lemarchand, De Tchernobyl à Fukushima : une pédagogie du désastre.

 

Informations :
Année de réalisation : 2015
Dimensions : : 100 x 200 x 150 cm
Matériaux : bois, métal, verre
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