Trois questions à Gwendoline Perrigueux

JdB : Comment fais-tu, en tant que sculptrice, pour associer des éléments originaux et décalés ?

GP : Je travaille essentiellement la sculpture et l’installation. Au départ, je partais souvent d’objets usuels que je modifiais en ajoutant de la matière. Puis ma démarche a évolué. Désormais, je transforme et mélange des matériaux qui ne sont, au départ, pas faits pour être ensemble. Le but est de travailler la matière et faire apparaître le grain, la faille, sa qualité même. Par exemple, j’utilise beaucoup le béton en le mélangeant avec des pigments, des résines et de la paillette. J’essaye de pousser la matière, de la changer. Je ne veux pas seulement l’utiliser sortie du pot et rester dans quelque chose de lisse. Au contraire, j’aime la travailler pour que d’autres qualités en sortent. J’essaye d’exploiter la sensibilité des matériaux.

JdB : C’est étonnant de voir des sculptures faites de cendres, de balais et de plumes !

GP : Pour moi, un sac de confettis a la même densité qu’un bloc de cire, de plâtre ou de béton. Ils sont tous égaux. Je les utilise comme des matériaux. J’aime ce côté cheap, qui est transformé et mélangé à d’autres matériaux. Je trouve que ça lui donne de la force du coup d’être associé à d’autres choses. On leur donne du poids grâce à des matériaux plus nobles. Le résultat final, quant à lui, peut faire brut, mais pas pauvre.

JdB : Peux-tu me parler de CHEZ KIT, le collectif et atelier d’artistes que tu as cofondé l’année dernière ?

GP : A la fin des Beaux-Arts, je me suis associée à deux autres artistes (Coline Cuni et Cyril Zarcone) pour travailler et monter des projets ensemble. On a trouvé cet atelier à Pantin après quelques mois de recherche. On a monté l’association et on a lancé un appel pour que 9 autres artistes rejoignent l’atelier. L’idée est de partager un lieu mobile, sans place ni bureau attitrés. Pour chaque proposition, on discute et on choisit notre espace, si on a besoin de 30 m² pour faire une pièce pendant un mois, eh bien on peut les avoir et si le mois suivant on n’a besoin que de 5 m² ou si on n’est pas là, on s’arrange. Ça nous permet aussi de faire des événements tous les 3-4 mois, avec l’accueil du public pour montrer notre travail. Ça nous tenait vraiment à cœur de pouvoir transformer ce lieu de travail en lieu d’exposition. D’un point de vue logistique, ce choix offre des avantages comme celui de pouvoir mutualiser nos outils, acheter des matériaux en commun. Ça fait un an maintenant et tout se passe bien. On s’entend tous très bien et on ne manque pas d’énergie, c’est vraiment super.


CHEZ KIT, 17, rue du chemin de fer, 93500 Pantin