Trois questions à Pierre Pierre

JdB : Que pensez-vous du design graphique actuel en France ?

Pierre Pierre : On est un peu retard par rapport à la Suisse, la Hollande et l’Angleterre, qui se distinguent par leur esthétique et par leur ouverture d’esprit. Là-bas, il y a du design graphique partout, dans les rues comme dans les musées. Les gens sont habitués à en voir. L’éducation commence dans la rue. C’est elle qui interfère sur notre perception de l’image. Ici, c’est différent. La seule ville qui a un festival international du graphisme, c’est Chaumont, une petite ville méconnue ! Ce qu’on fait n’est pas encore considéré comme une pratique en soi. Même nos proches ont du mal à comprendre ce qu’on fait. Mes parents pensent que je dessine toute la journée.

© Pierre Pierre, “Standing-for self-reliance”

Standing-For Self-Reliance – Luke James - Image 05

© Pierre Pierre, “Standing-for self-relianc

 

 

 

 

Après, il y a une école française, une french touch. Le design graphique est fait par des agences de pub qui ne sortent pas des sentiers battus. Du côté des studios indépendants, les plus gros procèdent un peu de la même manière, dans un style assez propret. C’est sûrement générationnel tout ça. De notre côté, on reste optimistes. On a eu la chance de rencontrer des gens, qu’ils soient professeurs, intervenants ou des jeunes studios, qui font changer les choses. Ils arrivent à proposer des dispositifs nouveaux épatants pour communiquer ou transmettre une information.

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© Pierre Pierre, “The Halftime Show”

JdB : Comment sera Pierre Pierre dans cinq ans ?

PP : Le but n’est pas d’agrandir notre studio. L’important, c’est que les gens fassent appel à nous pour faire du Pierre Pierre, pour créer de beaux ouvrages. Qu’on nous reconnaisse pour notre identité et que ça intéresse les gens. La commande pure et dure nous bride. On a besoin de se projeter immédiatement et graphiquement quand on nous propose un projet. C’est pour ça qu’on pense avant tout à l’épanouissement dans notre travail. Il passe bien avant notre image. L’idéal serait que notre identité ne se définisse pas par la forme mais par la mutation, l’évolution de nos projets. Pas besoin d’une forme construite ou figée. L’important est d’être sincères par rapport à nos humeurs actuelles, nos affects. C’est d’ailleurs pour ça qu’on aime développer une narration autour d’un objet, pour construire une sorte de mythologie polymorphe, en métamorphose constante. On a constamment besoin de changement. On aime proposer des formes nouvelles à chaque commande, pour ne jamais s’enfermer dans une méthode de travail et de fabrication.

On reste optimistes, on a des modèles de studio de design graphique qui ont le même parcours et ont réussi à avoir une activité toujours alimentée. Il faut s’activer pour rencontrer de nouvelles personnes. On espère justement évoluer en même temps que nos contemporains proches, des artistes qui ne sont pas encore sortis d’école. On adore travailler avec des gens, avoir un contact avec un collectif, un partage, ne pas être dans un confort. Nos stages nous ont permis de comprendre des choses sur le design graphique et de se lancer, de savoir où on voulait aller.

JdB : Quels sont vos projets du moment ?

PP : On s’occupe de la communication visuelle d’une association de l’Ecole du Louvre qui organise des rencontres avec les étudiants des Beaux-Arts. En juin, ils font une exposition collective, qui s’appelle Ravages. On a repris la figure du mythe du phénix qui prendra plusieurs formes selon les supports : affiche, flyers, catalogue etc.

On sera aussi dans le prochain Kiblind ! Notre image sera présentée dans une section intitulée « pages blanches ». Elle illustre la première défaite d’un joueur d’échec humain (le célèbre Kasparov) face à une intelligence artificielle. Avec un thème imposé (celui des échecs), on a voulu proposer quelque chose de différent, tant sur l’image qu’en typographie. Encore une fois, on a adoré raconter une histoire, avec une démarche que l’on pourrait qualifier d’artistique et qui utilise simplement les outils d’un graphiste.


Repères :
Nés en 1991.
2014 : Fondent l’atelier Pierre Pierre, à Paris.
2013 : Obtiennent le diplôme de l’école des beaux-arts de Lyon.

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